Info – Tour de France : MTN-Qhubeka, une équipe africaine au départ de la Grande Boucle 2015. – www.belafrikamedia.be / BAM-TV

 Tour de France :  MTN-Qhubeka, une équipe africaine au  départ de la Grande Boucle le 4 juillet 2015

 Le 4 juillet 2015 restera une date importante dans l’histoire du Tour de France. Pour la première fois depuis 1903, une équipe africaine, MTN-Qhubeka, prendra le départ de la Grande Boucle. Elle alignera cinq coureurs africains au départ d’Utrecht au Pays-Bas : deux Erythréens et trois Sud-Africains.

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Photo: MTN-Qhubeka

En pensant à l’Afrique noire et au Tour de France, une image peu reluisante vient à l’esprit. Celle de la marque de chocolat en poudre Banania et de son effigie : un tirailleur sénégalais, qui a longtemps fait les beaux jours de la caravane publicitaire. C’était les années 70, un moment où personne ne pensait voir un Noir africain prendre le départ de la plus grande course cycliste du monde. Les Erythréens Daniel Tekleaimanot et Merhawi Kudus (qui ont couru l’an passé le Tour d’Espagne) seront les premiers.

Le travail de Douglas Ryder

Merhawi Kudus au Tour de Turquie, le 27 avril 2014.Photo : Farid Achache

Après les Colombiens, les Américains et les Australiens, voici venu le temps des Africains sous le maillot de l’équipe sud-africaine MTN-Qhubeka. Imaginez donc la joie, la fierté d’un continent mordu de la « Petite reine ». « C’était certainement un manque. La première sélection d’une équipe africaine au Tour de France est une porte qui s’ouvre, explique Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France. A eux de faire le maximum. J’espère qu’elle ne se refermera pas. Je rêve de voir les coureurs de MTN-Qhubeka échappés pendant des heures et vus par des millions de téléspectateurs dans 190 pays… Il faut qu’ils fassent rêver. Si demain en Afrique les gens regardent les exploits de leurs coureurs dans le Tour de France, cela va tout changer. » Mais avant cette forme de consécration, il a fallu construire une formation capable de postuler à la plus grande course du monde. Et on le doit au Sud-Africain Douglas Ryder, manager de l’équipe MTN-Qhubeka.

En 2012, Douglas Ryder, faisait accéder son équipe au niveau continental. La marche en avant vers le haut niveau. A l’époque, il nous confiait son rêve d’être invité sur la Grande Boucle. Il avait sollicité Christian Prudhomme, le directeur du Tour, qui selon lui, était resté « dubitatif ». En guise d’apéritif, la formation a couru l’an dernier le Tour d’Espagne, troisième grande course à étapes de la saison. « Nous avons travaillé huit années avant de réaliser ce rêve. On revient de loin. On ouvre la porte », raconte aujourd’hui Douglas Ryder.

« Il a fallu construire des fondations solides en trouvant des sponsors et des coureurs capables de courir une épreuve aussi exigeante. Dans les prochaines années, il y aura encore plus de coureurs africains dans le peloton », pense Douglas Ryder qui reste persuadé qu’il y a « des talents sur le continent » et qu’il faut « mettre des moyens pour les détecter ». Et plus spécialement en Afrique de l’Est et au Maghreb. Mais si l’on s’en tient au présent, « ça va être un mois de juillet incroyable », annonce Ryder. « Je suis si excité à l’idée de vivre cette aventure », lance de son côté Daniel Tekleaimanot.

« Ils vont devenir des héros pour le cyclisme africain »

Daniel Teklehaimanot, meilleur grimpeur du Critérium du Dauphinée 2015.AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

Avec un recrutement important cet hiver et des coureurs tels que le Norvégien Edvald Boasson Hagen ou l’Américain Tyler Farrar, MTN-Qhubeka devrait éviter les pièges des dix premières journées du Tour de France. Ensuite, ce sera à Daniel Tekleaimanot ou encore à Merhawi Kudus de prendre le relais en montagne. « Ils savent qu’ils vont devenir des héros pour le cyclisme africain et pour leur pays si peu connu », s’enthousiasme Ryder qui compte effectivement sur Boasson Hagen, lui qui a déjà quatre Grandes Boucles dans les jambes, deux victoires d’étapes.

A quelques jours du départ, Tekleaimanot et Kudus doivent être sur les nerfs comme le confirme leurs coéquipiers Louis Mentjeis et Jaques Janse Van Rensburg, tous deux Sud-Africains blancs, qui n’ont pas connu l’apartheid. Des gens de couleur dans une équipe de la nation arc-en-ciel, c’est un autre pas en avant. « C’est un signe tellement fort pour nous et je suis fier d’être avec eux. Je les vois comme des frères », dit Jaques Janse Van Rensburg.

Mais le cyclisme est avant tout un sport venu d’Europe et il faut du temps pour s’imposer. « Quand l’équipe a commencé, c’était dur pour nous dans le peloton. On venait d’Afrique et les autres ne nous faisaient pas de cadeau. Il a fallu montrer ce que l’on savait faire. Aujourd’hui, Daniel Tekleaimanot est quelqu’un de très respecté dans le peloton », raconte Jaques Janse Van Rensburg. Louis Mentjeis, champion d’Afrique en titre, espère que ce « n’est qu’un début ».

« C’est déjà trop tard »

« Bientôt, le Tour de France sera composé d’équipes qui viendront de partout. Il y aura des Chinois, des Africains. Le cyclisme de compétition sera universel », avance Christian Prudhomme. En juillet, d’Alger au Cap, les gamins qui regarderont le Tour se diront qu’eux aussi pourront peut-être le faire un jour. Le Français Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France et qui va souvent en Afrique sur les courses de vélo, compare volontiers les coureurs Africains aux Colombiens qui ont finalement réussi à s’imposer dans le cyclisme mondial.

« C’est déjà trop tard, cela aurait dû arriver beaucoup plus tôt », tempère Dave Brailsford, le manager de la très riche équipe Sky qui compte dans ses rangs Christopher Froome, né au Kenya, désormais citoyen britannique, qui a remporté le Tour de France 2013. « Ce sera beau à voir et il faut encourager cela. Si on parle d’un sport global, il faut que tous les continents soient représentés », commente-t-il.

La bicyclette est universelle, le cyclisme de compétition ne l’est pas encore. Il n’y a qu’à regarder la Chine où les gens se déplacent beaucoup à vélo, mais qui a très peu de compétiteurs. La venue d’une équipe africaine devrait donner des idées.

Tous les propos ont été recueillis lors du Critérium du Dauphiné en juin 2015

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